Au Gabon, le développement de l’agriculture paysanne est limité. Le système de production est la culture itinérante sur brûlis, principalement vouée à l’autoconsommation. Le Gabon importe l’essentiel de ses denrées alimentaires de base des pays voisins ou de la France. Quelques projets d’installation de petites exploitations de polyculture voient le jour dans le nord du pays. Des études préliminaires ont été nécessaires pour mieux connaître le milieu humain et pour évaluer les réseaux de commercialisation.


N. NASR

Institut des régions arides

3200 Tataouine, Tunisie

B. DELPECH

36 rue de Vaucouleurs

7501 1 Paris, France

M. FLITNER

Institut de géographie

Université de Hambourg

Geomatikum V. St. 2000

Hambourg, Allemagne

M. HULSHOF

Dillenbergstraat 20

4835 EC Breda, Pays-Bas

J.-C. TORREILLES

AGRICONGO

BP 14 574 Brazzaville, Congo

F. TWAGIRAMUNGU

Institut des sciences agronomiques

BP 138 Butare, Rwanda


L’ économie du Gabon est fondée sur l’exploitation du bois et des ressources minières (pétrole, gaz naturel, minerai de fer, manganèse, uranium). La politique agricole a été, jusqu’au début des années 90, orientée vers le secteur agro-alimentaire et la création de grands complexes agro-industriels plutôt que vers un développement intégré. Cette politique a entraîné le Gabon dans une situation de dépendance alimentaire à l’égard des pays voisins (Cameroun, Congo, Afrique du Sud) et de pays européens (principalement la France). Le système de production dominant associe les cultures vivrières aux cultures de rente (cacao, café, hévéa). Malgré les importantes potentialités de ce pays (climat, sol, végétation, main-d’œuvre), le système de production agricole est la culture itinérante sur brûlis dans la forêt. Les outils de travail se limitent à la hache (rare ment la tronçonneuse), la machette et la houe.

Aujourd’hui, l’institut gabonais d’appui au développe ment (IGAD), créé en 1992, a pour mission d’aider le développement agricole par la mise en place de projets à destination des villageois et des jeunes autour des grandes villes. Ses domaines sont le maraîchage, l’élevage, les cultures vivrières et la culture de champignons. Par ces actions, l’IGAD veut contribuer à la « création d’emplois, à l’approvisionnement des marchés gabonais en produits agricoles et au développement d’une agri culture protectrice de l’envi ronnement ». En 1993, les programmes concernaient, entre autres, l’installation de 27 maraîchers et de 5 éleveurs de porcs sur un périmètre irrigué créé à Owendo (banlieue de Libreville). Egalement, 5 fermes de polyculture, sous la forme de petites entreprises, ont été créées dans la région de Nkoltang.

Un nouveau projet prévoit l’installation de 17 exploitations vivrières modernes et de 2 unités de transformation de produits agri coles (bâtons de manioc et farine de sevrage infantile) dans la province du Woleu-Ntem. L’agriculture et l’environnement socio- économique du nord du Gabon étant très peu connus, l’IGAD a sollicité une équipe pluridisciplinaire du Centre international pour la recherche agricole orienté vers le développement (ICRA, France) pour réaliser une étude sur la production vivrière et la dynamique commerciale dans le département du Ntem au nord du Gabon et pour identifier les actions à entreprendre. L’étude de terrain a duré trois mois et a fait l’objet d’un rapport complet (NASR et al., 1993). Cet article est une synthèse des principaux résultats de ce travail.

La méthode d’enquête préliminaire

Cette étude a associé des chercheurs de différentes spécialités (agronomie, agro-économie, géographie, nutrition) et des producteurs, à chaque étape du travail. La méthodologie était fondée essentiellement sur des diagnostics rapides en milieu rural, notamment des méthodes actives de recherche participative. Des réunions de groupe ont été menées dans trois villages de la région (Tchimazok, Okok et Mbo), au cours desquelles les producteurs et les productrices ont présenté les calendriers de culture, de travail et de commercialisation (figure 3). Il a aussi été possible de déterminer les zones de production et de commercialisation des produits vivriers.

Des enquêtes ont complété ces réunions en collectant des données quantitatives : 171 questionnaires auprès des commerçantes du marché de Bitam et 36 avec les productrices. Un observatoire a été ins tallé pendant une semaine au poste de contrôle (gendarmerie) Assok Ngomo II pour quantifier les produits agricoles qui quittent la région vers Libreville. Plusieurs autres enquêtes ont été menées avec les commerçantes, les fabricantes de produits agro alimentaires, etc. Enfin, des réunions de restitution des résultats dans les villages ont permis de faire participer la population aux conclusions et aux recommandations qui en découlaient.

L’organisation des activités agricoles

Les principales cultures vivrières sont le manioc, la banane plantain et l’arachide. Elles sont le plus souvent associées à d’autres plantes comme le maïs, les légumes, la canne à sucre, l’ananas et des tubercules (manioc, igname, taro, pomme de terre, patate douce, etc.).

Les plantations pérennes sont constituées de cacaoyers, d’hévéas et, dans une moindre mesure, d’atangatiers (safoutiers), d’avocatiers, rarement de caféiers. Les produits de ces plantations sont plus ou moins commercialisés. Les intrants (engrais, pesticides, herbicides) ne sont quasiment pas utilisés, aussi bien en culture vivrière qu’en plantation pérenne. Les variétés cultivées sont locales ; le matériel géné tique est particulièrement hétérogène.

L’unité de production est la famille restreinte. Chaque femme a ses propres champs vivriers. La famille élargie, formée de plusieurs familles restreintes, représente l’unité de consommation et l’unité résidentielle. Les femmes des différentes familles organisent entre elles l’approvisionnement de la famille élargie. Après avoir mis de côté la part d’auto-consommation et les semences, le surplus de la production est vendu.

Il existe une division des tâches entre les sexes. La femme s’occupe du semis, de la plantation, de l’entretien, de la récolte, de la vente et de la transformation des cultures vivrières. Elle s’occupe aussi du petit bétail, des volailles, de la pêche et de la cueillette. L’homme est responsable des plantations d’hévéas et de cacaoyers, des arbres fruitiers, de la chasse et de la pêche. Il effectue aussi le défrichage pour les champs vivriers.

Le document complet ici : Quelle agriculture vivrière pour le nord du Gabon ?

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